La royauté de Marie : la signification de la mémoire liturgique du 22 août
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Sept jours après que l’Église chante Marie élevée corps et âme au ciel, elle revient au même mystère sous un angle différent. Le 22 août, le Calendrier romain général célèbre la mémoire de la Royauté de la Bienheureuse Vierge Marie, et en 2026 cette date tombe un samedi, le jour que les catholiques consacrent depuis longtemps à Notre-Dame. Ce rapprochement est délibéré. L’Assomption nous dit où se trouve Marie. Sa Royauté nous dit ce qu’elle y fait.
Selon les critères romains, cette mémoire est récente, plus récente que presque toutes les églises situées entre le Panthéon et Saint-Pierre. Son origine remonte à un seul document, un seul pape et une date qui fut ensuite déplacée volontairement. Cette histoire répond à une question que l’on demande souvent aux catholiques d’expliquer : pourquoi appeler reine une femme juive du premier siècle, originaire de Nazareth ?
Une fête instituée à Rome en 1954
Le 11 octobre 1954, le pape Pie XII publia l’encyclique Ad Caeli Reginam, « À la Reine du ciel », depuis Saint-Pierre de Rome. Le moment était important. Pie XII avait proclamé une Année mariale pour commémorer le centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception en 1854, et les basiliques de Rome avaient attiré des pèlerins pendant toute cette année.
L’encyclique rassembla les témoignages scripturaires, patristiques et liturgiques en faveur du titre royal de Marie, montrant que les chrétiens l’avaient appelée Reine pendant des siècles avant qu’un pape n’institue une fête. Puis elle ajouta quelque chose de nouveau. « Par Notre autorité apostolique », écrivait Pie XII, « Nous décrétons et instituons la fête de la Royauté de Marie, qui sera célébrée chaque année dans le monde entier le 31 mai. »
Le 31 mai. Pas le 22 août. C’est la première surprise pour quiconque suppose que la date actuelle est la date d’origine.
Pourquoi la date a été déplacée au 22 août
Le changement intervint dans le cadre de la révision plus large de l’année liturgique qui suivit le concile Vatican II. Le motu proprio du pape Paul VI, Mysterii Paschalis, daté du 14 février 1969, promulgua un Calendrier romain général réformé qui entra en vigueur le 1er janvier 1970. Parmi de nombreux ajustements, la fête de la Royauté de Marie passa du 31 mai au 22 août.
La raison était la clarté. Le 22 août est le jour octave de l’Assomption, sept jours après la solennité du 15 août. Les deux célébrations se lisent désormais comme une même pensée en deux mouvements : Marie est élevée dans la gloire, et dans cette gloire elle est couronnée. C’est l’ordre que le Rosaire retrace déjà dans ses deux derniers Mystères glorieux. Quiconque a prié ces dizaines dans le couloir d’un hôpital ou au fond d’une église romaine en connaît l’ordre par cœur.
Le 31 mai ne resta pas sans fête. La même réforme y transféra la Visitation, qui se célébrait auparavant le 2 juillet, afin que le voyage de Marie chez Élisabeth se situe là où l’Évangile le place, entre l’Annonciation et la naissance de Jean-Baptiste. Rien ne fut supprimé.
Ce que signifie « Reine », et ce que cela ne signifie pas
C’est ici qu’il faut faire preuve de discernement. Ad Caeli Reginam est particulièrement explicite quant à ses propres limites. Pie XII écrivait que « dans le sens plein et strict du terme, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi », tandis que Marie « participe, quoique d’une manière limitée et analogue, à sa dignité royale ».
Deux vérités demeurent unies. La royauté de Marie est réelle, et elle est entièrement reçue. Elle ne règne pas aux côtés du Christ comme une seconde souveraine. Elle règne parce qu’elle est la mère du Roi, unie plus étroitement que toute autre créature à son œuvre salvifique. Sa couronne est un don reçu, jamais une prétention revendiquée.
La royauté que l’Église célèbre effectivement est maternelle : celle d’une mère proche de nous, et non d’une figure éloignée, assise sur un trône à distance des souffrances humaines. Elle intercède. Elle ne rivalise pas. C’est aussi pourquoi l’honneur que les catholiques rendent à Marie diffère par sa nature, et non seulement par son degré, du culte dû à Dieu seul. L’adoration appartient à Dieu. La vénération appartient aux saints, et à Marie par-dessus tous. Un catholique qui demande à Notre-Dame de prier pour lui fait ce qu’il fait lorsqu’il demande à sa sœur de prier pour lui, avec cette différence que cette sœur est déjà à la maison.
Célébrer cette mémoire chez soi
Une mémoire est un degré liturgique modeste. Elle n’impose pas l’obligation d’assister à la messe et peut passer inaperçue au cours d’une semaine ordinaire. C’est regrettable, car c’est une fête facile à bien célébrer.
- Priez les Mystères glorieux. Offrez la cinquième dizaine, le Couronnement, pour toute intention qui vous pèse particulièrement cet été.
- Couronnez une image. De nombreuses paroisses et familles couronnent une statue de Notre-Dame au mois de mai. Le 22 août est la fête à laquelle la couronne appartient véritablement, et quelques fleurs du jardin suffisent.
- Portez ce titre. Une médaille miraculeuse ou une autre médaille mariale portée sur une chaîne est un discret rappel quotidien de Celui à qui vous appartenez.
Si vous gardez un chapelet dans votre poche ou une médaille à votre col, cette mémoire est un bon jour pour les remarquer à nouveau. Nos chapelets et nos médailles mariales sont bénis ici, à Rome, avant d’être envoyés : c’est une réalité, et une réalité limitée.
Une bénédiction n’est pas un mécanisme. Le Catéchisme l’énonce avec précision : les sacramentaux « ne confèrent pas la grâce de l’Esprit Saint à la manière des sacrements, mais, par la prière de l’Église, ils préparent à recevoir la grâce et disposent à coopérer avec elle » (CEC 1670). Un chapelet béni ne fabrique pas de résultats. Il dispose le cœur. Les grains sont faits pour prier.
Questions fréquemment posées
La Royauté de Marie est-elle un jour de précepte ?
Non. Dans le Calendrier romain général, il s’agit d’une mémoire obligatoire, célébrée à la messe et dans la Liturgie des Heures partout où ce calendrier est suivi, mais les fidèles ne sont pas tenus d’assister à la messe le 22 août.
Pourquoi la fête a-t-elle lieu le 22 août plutôt que le 31 mai ?
Pie XII l’avait d’abord fixée au 31 mai en 1954. La réforme du calendrier de Paul VI, promulguée en 1969 et entrée en vigueur en 1970, la déplaça au 22 août, jour octave de l’Assomption, unissant le couronnement de Marie à sa glorification. Le 31 mai reçut alors la fête de la Visitation, auparavant célébrée le 2 juillet.
Un chapelet ou une médaille bénis garantissent-ils qu’une prière sera exaucée ?
Non, et l’Église est claire à ce sujet. Les objets bénis sont des sacramentaux : des signes sacrés qui nous disposent à recevoir la grâce de Dieu et à coopérer avec elle. Leurs fruits dépendent de la foi et de la prière de la personne qui les utilise, et non de l’objet lui-même. Traiter une médaille comme un talisman produisant des résultats inverse complètement sa signification. C’est une invitation à prier, et la prière est entendue par un Père qui sait ce dont nous avons besoin, même si elle n’est pas toujours exaucée sous la forme que nous demandions.
Le 22 août passera cette année sans grand bruit. Il tombe un samedi, et la plupart du monde ne lèvera pas les yeux. Cela convient étrangement à une reine qui coucha son nouveau-né dans une mangeoire à Bethléem, et dont la couronne ne vint qu’après qu’un glaive eut transpercé son âme, comme Syméon l’avait annoncé. Si cette mémoire vous pousse à reprendre votre chapelet, ou à en remettre un entre les mains de quelqu’un qui s’est éloigné de cette pratique, vous pouvez parcourir tout ce que nous bénissons ici, à Rome. Ave, Regina Caelorum.
